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Intelligence artificielle : après l'euphorie, l'heure des comptes
information fournie par Zonebourse 16/10/2026 à 11:21

Inflation persistante, politique monétaire restrictive, concurrence chinoise, doutes sur la rentabilité et risque d'éclatement de la bulle : le secteur de l'IA traverse une zone de turbulences. Plusieurs gérants estiment toutefois que les fournisseurs de semi-conducteurs pourraient encore tirer leur épingle du jeu. Toujours une histoire de pelles et de pioches, en somme.

La fébrilité est bien réelle : au cours de la semaine, les valeurs liées à l'intelligence artificielle ont subi de fortes corrections, particulièrement dans les secteurs de la mémoire et du stockage. Mercredi, Western Digital, SanDisk et Seagate Technology ont abandonné plus de 5% à Wall Street, tandis que Micron reculait de 4,3%. Les Sud-Coréens SK Hynix et Samsung ont également été malmenés. En l'espace de cinq séances, l'indice SOXX, référence du secteur, a cédé près de 9%.

Pourtant, les interrogations autour du secteur ne sont pas nouvelles : les investisseurs ont déjà traversé quelques tempêtes, comme lors de l'arrivée cavalière de DeepSeek dans l'arène, des restrictions à l'exportation des puces Nvidia ou encore lorsqu'il est devenu évident que les géants du secteur étaient interdépendants et se tenaient tous par la barbichette, faisant redouter un effet domino en cas de difficulté de l'un d'entre eux.

Alors que s'est-il passé de nouveau cette semaine qui justifie cette dynamique baissière ? Visiblement, les marchés ont été sensibles à l'annonce d'une nouvelle puce mémoire du chinois CXMT, qui a ravivé les craintes de surproduction à l'horizon 2029, alors que les industriels investissent massivement dans de nouvelles usines. Parallèlement, l'inflation américaine a surpris à la hausse en septembre, avec des prix à la consommation en progression de 3,7% sur un an, renforçant la perspective d'un relèvement des taux de la Fed en décembre.

Investissements colossaux, rentabilité incertaine

Derrière ces inquiétudes conjoncturelles, une question plus fondamentale a refait surface : les centaines de milliards de dollars investis dans l'IA généreront-ils les bénéfices escomptés ? Selon les chiffres cités par Carmignac, les dépenses d'investissement des hyperscalers et des acteurs du cloud pourraient dépasser 1 200 milliards de dollars en 2027, contre moins de 200 MdsUSD en 2023. Une envolée qui pèse sur leurs flux de trésorerie. Néanmoins, chez RBC BlueBay Fixed Income, le directeur des investissements, Mark Dowding, observe des signes de stabilisation des dépenses. Sans annoncer la fin du cycle, il estime que le rythme de croissance pourrait ainsi commencer à se modérer.

Mais les interrogations concernent aussi les revenus des développeurs d'IA. Selon Grégoire Kounowski, Investment Advisor chez Norman K, Anthropic devrait terminer 2026 avec un chiffre d'affaires annualisé inférieur à 100 MdsUSD, contre 110 MdsUSD initialement visés. Les estimations concernant OpenAI ont aussi été révisées à la baisse, de 70 à 50 MdsUSD, semant le doute parmi les investisseurs.

Le hardware conserve de solides arguments

Pour autant, ralentissement ne signifie pas effondrement. Kristofer Barrett, responsable de la gestion actions internationales chez Carmignac, insiste sur la nécessité de "distinguer un ralentissement de leur croissance d'une véritable baisse des dépenses". La concurrence entre géants technologiques rend en effet peu probable un arrêt brutal des investissements. Carmignac évoque une logique d'"AI or die" : réduire les dépenses permettrait de préserver les liquidités à court terme, mais risquerait aussi de compromettre les positions technologiques futures.

Surtout, la demande de puissance de calcul pourrait changer de nature. Avec l'essor de l'IA agentique, illustré par Muse (le nouvel agent personnel de Meta), les besoins ne concernent plus seulement l'entraînement des modèles. Leur déploiement mobilise davantage de processeurs, de mémoire, de stockage, de réseaux et d'énergie.

"Les contraintes se déplacent donc progressivement le long de la chaîne de valeur", souligne Carmignac. Et contrairement aux entreprises qui développent les services d'IA, les fournisseurs d'infrastructures bénéficient déjà de commandes bien réelles. "Leurs clients dépensent déjà aujourd'hui", rappelle le gestionnaire.

De la promesse à la preuve

Comme la défense avant lui, le secteur de l'IA pourrait à son tour entrer dans une phase plus sélective. Les risques de surcapacité, les valorisations élevées et le renchérissement du financement imposent davantage de discernement, sans remettre nécessairement en cause la dynamique de long terme. Finalement, "le véritable enjeu n'est plus de savoir si l'IA va transformer l'économie, mais de déterminer jusqu'où les marchés peuvent valoriser cette transformation avant que les contraintes de financement et de rentabilité ne deviennent un frein", conclut Grégoire Kounowski.

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